Bienvenue dans l'univers fascinant des mythes irlandais ...

Pour l'instant je peux vous proposer de consulter les sites suivants :

arbre-celtique.com ou encore maitre.cles.free.fr ...

BONNE LECTURE !


 

La ville sous la mer

Là où maintenant Langness enfonce son long nez dans la mer, à cet endroit toujours recouvert par les vagues, il y avait autrefois une ville splendide dotée de nombreuses tours et de dômes dorés. De grands bateaux quittaient son port pour s'en aller naviguer dans toutes les régions du monde et ses terres étaient verdoyantes et propices à l'élevage du bétail et des moutons. Maintenant encore les marins la voient parfois quand les eaux profondes sont claires et ils entendent faiblement des moutons bêler, des chiens aboyer et des cloches carillonner. Mais nul ne peut plus marcher dans ses rues.

A l'époque où il y avait des géants sur l'île de Man, l'imper Finn y avait établi sa résidence. Il vivait là pour garder un oeil sur Erin (l'Irlande) et pour observer la mer. Mais il était très rarement dans Man, et partout où il allait, il savait si bien déplaire qu'il avait de nombreux ennemis. Un jour qu'il était tellement pressé de rentrer chez lui, il sauta d'Erin à Man et posa ses pieds si brutalement sur les rochers de la côte qu'il en laissa ses empreintes dans la pierre : depuis l'endroit s'appelle Ynnyd de Slieu ny Cassyn ou la Roche de l'Empreinte de Pieds. La première chose qu'il fit en rentrant chez lui fut d'entrer dans une colère noire après les gens qui habitaient la ville et qui faisaient un vacarme épouvantable ; la seconde les transforma tous en blocs de granit. Dans son emportement, il frappa la terre avec une telle violence qu'il la fendit en deux ; les vagues s'engouffrèrent dans l'abîme et la mer en hurlant submergea la ville et son vacarme. Ses tours et ses dômes disparurent sous les eaux vertes ; ses rues et son marché, son port et ses quais furent engloutis.
Un homme qui y descendit il y a plus de deux cents ans en rapporta une histoire étrange.

Un bateau recherchait le trésor d'une épave près de cet endroit. Cet homme était descendu dans une sorte de cloche de plongée vers les hauts-fonds. Il devait tirer la corde s'il souhaitait descendre davantage. Il la tira tant que les hommes du navire réalisèrent que la mer était là aussi profonde que la lune est haute dans le ciel ; il n'y avait plus une longueur de corde, ils le remontèrent à la surface.

Quand ils l'eurent hissé sur la plate-forme, il leur dit que s'il avait pu descendre davantage, il aurait fait de merveilleuses découvertes. Ils lui demandèrent de décrire ce qu'il avait vu. Quand il eut bu un gobelet de vin, il raconta son histoire.

Il avait d'abord traversé les eaux dans lesquelles vivent les poissons ; puis il avait atteint la région claire et paisible où les orages ne viennent jamais. Plus bas, il avait découvert le Monde sous la Mer brillant et lumineux de corail. Quand la cloche de plongée s'était posée sur le fond et qu'il avait regardé par ses petites fenêtres, il avait vu de grandes rues jalonnées de piliers de cristal scintillant comme des diamants et de beaux bâtiments couverts d'énormes perles dans des coquillages de toutes les couleurs. Il avait longé une façade pour entrer dans une de ces splendides maisons, mais il ne pouvait pas quitter sa cloche de plongée sans risquer de se noyer. Il était parvenu à la déplacer près de l'entrée d'un grand hall dont le sol était en perles, en rubis et en pierres précieuses de toutes sortes. Table et chaise étaient d'ambre, murs de jaspe ornés des bijoux les plus beaux. L'homme avait souhaité en remonter avec lui, mais il n'avait pas pu les atteindre, la corde étant tendue à son maximum. Alors qu'on le tirait vers le haut, il avait croisé des sirènes et des tritons tous très beaux, mais ils avaient eu peur de lui et s'en étaient rapidement éloignés.

Son histoire s'arrêtait là.

Par la suite, cet homme tomba dans une grande langueur. Il n'avait plus qu'un seul désir : retourner dans le Monde sous la Mer et y demeurer à jamais. Rien de ce qui se passait sur terre ne l'intéressait plus. Il en mourut de tristesse.

 

Contes et légendes de l'Ile de Man par Sophia Morrison (1860-1917)
Publiés à LONDRES, par DAVID NUTT, 1911
© F.Coakley, 2001- www.manxnotebook.com

Un choix et une traduction de Jean Louis Laurin (2002)
© J-L Laurin pour la traduction, 2002